Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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mois, six mois à Tavance, qu'on commence à se concerter. Il
faut que tous soient prévenus, et que cependant rien ne trans-
pire; il faut, si Ton a vent de quelques projets hostiles, que
tout le monde en soit averti à temps, de peur que quelques-
uns, comme il est souvent arrivé, ne trouvent des soldats où
ils croyaient trouver leurs frères. De là une organisation qu'on
pourrait croire habilement ourdie, ei qui s'est faite elle-même,
à la longue, sous la seule influence du danger. S'il nous faut
quelquefois des mois pour combiner le plan d'une assemblée,
souvent aussi, en quelques heures, elle est convoquée et finie;
souvent, arrivé à l'improviste dans quelqu'un de nos villages,
je n'ai eu qu'un mot à dire pour avoir peu après autour de
moi, dans quelque vallon écarté, un ou deux milliers de fidè-
les. Les convocations se font, se ramifient avec un ordre par-
fait; le choix des lieux, la disposition des sentinelles, tout est
réglé avec un art, ou plutôt, avec un instinct admirable.
„Et jamais, cependant, même dans les temps les plus calmes»
nous ne pouvons être sûrs d'achever en paix; jamais aucun de
ceux qui composent l'assemblée ne peut savoir si une balle ne
l'étendra pas mort à la place même où il nous écoute. Elle
est déjà bien longue, dans notre histoire, la liste de ces san-
glantes surprises. 11 y a quatre ans, le 8 août, nous étions
au moins dix mille dans un désert du Bas-Languedoc. J'allais
monter en chaire. Ou aperçoit tout à coup, sur une hauteur,
l'uniforme trop connu du régiment de Brissac. Des coups
partent, et, au milieu de cette multitude agglomérée, pas une
balle n'est perdue. On court, on crie, on se heurte. Les soldats
rechargent leurs armes et tirent de nouveau, et ainsi jusqu'à
quatre fois. Ils n'étaient que quinze ou vingt! D'un mot, je
pouvais les faire mettre en pièces. Mais non. Cette soumission
que j'avais constamment prêchée, je sus la recommander, l'im-
poser encore à ces cœurs bouillants de colère et d'indignation.
Nous emportâmes nos blessés et nos morts; et du milieu des
groupes qui fuyaient, s'élevaient encore çà et là quelques lam-
beaux du psaume interrompu.
„Ah! comme ils vont à l'âme, dans de pareils moments, ces
rudes chants de nos aïeux! les psaumes, c'est notre épopée, à