Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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308.
avoir adressé ses prières aux dieux, il Tapproclia de ses
lèvres.
Dans ce moment terrible, le saisissement et Teffroi s'empa-
rèrent de toutes les umes, et des pleurs involontaires coulèrent
de tous les yeux. Les uns, pour les cacher, jetaient leur manteau
sur leur tete; les autres se levaient en sursaut, pour se dérober
a sa vue; mais lorsqu'en ramenant leurs regards sur lui, ils
s'aperçurent qu'il venait de renfermer la mort dans son sein,
leur douleur, trop longtemps contenue, fut forcée d'éclater, et
leurs sanglots redoublèrent aux cris du jeune Apollodore, qui,
après avoir pleuré toute la journée, faisait retentir la prison de
hurlements affreux. „Que faites-vous, mes amis?" leur dit So-
crate sans s'émouvoir; „j'avais écarté ces femmes pour n'être
pas témoin de pareilles faiblesses: rappelez votre courage; j'ai
toujours ouï dire que la mort devait être accompagnée de bons
augures."
Cependant il continuait à se promener; dès qu'il sentit de
la pesanteur dans les jambes, il se mit sur son lit, et s'enve-
loppa de son manteau. Le domestique montrait aux assistants
les progrès successifs du poison. Déjà un froid mortel avait
glace les pieds et les jambes; il était près de s'insinuer dans
le cœur, lorsque Socrate, soulevant son manteau, dit à Criton:
„Nous devons un coq à Esculape; n'oubliez pas de vous acquitter
de ce vœu i)." — „Cela sera fait," répondit Criton; „mais
n'avez-vous pas encore quelque ordre à nous donner?" Il ne
répondit point; un instant après il fit un petit mouvement: le
domestique, l'ayant découvert, reçut son dernier regard, et
Criton lui ferma les yeux.
Ainsi mourut le plus religieux, le plus vertueux et le plus
heureux des hommes; le seul peut-être qui, sans crainte d'être
démenti, pût dire hautement: „Je n'ai jamais, ni par mes
paroles, ni par mes actions, commis la moindre injustice."
barthelemy {Voijage d'Anachavsk).
ï) Le coq était consacré au dieu de la médecine.