Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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301.
madame Delpeeh. Il est dans la rue de Richelieu, autrefois
le plus grand centre de la flânerie parisienne, mais aujourd'hui
vaincue et dépassée par la place de la Bourse et la rue Vi-
vienne; toutefois dans la rue de Richelieu, dont il connaît le
numéro des principales maisons, le flâneur s'amuse à regarder
l'emplacement où doit s'élever la fontaine dédiée à Molière.
Notre homme est encore, et surtout, dans le passage de l'Opéra,
à l'heure où la répétition commence, et là, il voit passer dans
toutes sortes d'appareils, en souliers de satin, en souliers écu-
lés, ou même sans souliers, les belles petites danseuses à qui
la Gloire n'a pas encore tendu sa main pleine de dentelles et
de cachemires. Flâneur! ça veut tout dire. Il ira à la Morgue
pour saluer d'un regard attristé les cadavres de la nuit der-
nière; il ira aux Champs-Elysées pour assister aux exercices
des chiens savants; au Jardin-des-Plantes, pour jeter un mor-
ceau de brioche à Tours Martin.
Au Jardin-des-Plantes, il veut savoir comment se porte la
giraffe; si la grosse tortue a pondu de nouveaux œufs, si les
petits serpents ont mangé leurs souris blanches; il veut saluer
l'un après l'autre messieurs les singes, qui lui font une grimace
de joie comme à un confrère en flânerie. Le passage des Pa-
noramas est son domicile; là il est à l'abri, là il est chez lui;
c'est là qu'il reçoit son monde, qu'il donne ses rendez-vous et
qu'on est sûr de le rencontrer. Et quel plus beau salon que
ce passage des Panoramas? Où trouverez-vous de plus jolis
minois le matin, et plus de gaz allumé le soir ? Où trouverez-
vous de plus nombreux visiteurs et plus de liberté? Jamais
salon ne fut plus rempli de chefs-d'œuvre, de musique, de
rafraîchissements de tout genre. Là, jamais le tabac, jamais
la bière, jamais le journal n'ont fait défaut à leurs constants
amateurs. Or, le flâneur aime toutes ces choses, il les aime
tout à l'aise, sans gêne, sans folie, sans profusion, posément,
comme un homme sage qui est sans besoins, sans passions,
sans vanité, sans envie, qui peut se passer de tout, excepté
se passer de flâner. Brave homme! digne homme! Jamais triste,
jamais morose , ne s'affligeant jamais de rien ; mais, au contraire,
faisant tourner toutes choses au profit de sa passion dominante.
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