Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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299.
le ciel bleu ou noir; mais, bah! il s'en passera aujourd'hui,
il ne sortira pas de toute la journée: le temps est trop pré-
cieux; c'est un capital, c'est le tissu dont la vie de l'homme
est faite. — „Allons!" se dit-il, „à l'œuvre." Notre homme,
en effet, pousse un gros soupir, et enfin le voilà qui se déci-
de, la couleur est sur la palette, l'inspiration est arrivée, son
papier blanc attend le laborieux écrivain. „Oui, mais voici
un rayon de soleil qui jette bien du jour tout là-bas dans la
rue: ou bien, voici un nuage qui jette bien des ténèbres dans
mon cabinet; et puis, il fait froid, il fait chaud, ma tête est
pesante.. . Si je profitais de ce moment-là pour aller voir mon
ami Théodose?" se dit le flâneur; „Théodose n'est pas loin
d'ici, il reste chez lui jusqu'à six heures; il est homme de
bon conseil, il m'aime fort; allons-y, c'est l'affaire d'un instant;
sur ma parole d'honneur, je serai rentré dans une heure." —
„Madame Julien," dit-il à la portière, „je reviens tout de suite,
si quelqu'un vient pour me demander, dites à ce quelqu'un-là
qu'il m'attende; et cependant ayez bien soin de mon feu, et
achetez-moi mon dîner, car je vais me mettre au travail tout
le jour et une partie de la nuit." Disant ces mots à madame
Julien, qui rit tout bas, le voilà dans la rue.
Aussitôt il n'est plus le même homme. Sa tête se relève,
sa poitrine se dilate, ses jambes sont plus légères, la vie re-
monte à sa joue, l'espérance lui sourit. Il regarde toutes
choses, aussi étonné que put l'être Adam, notre premier père,
lorsqu'il s'éveilla au milieu de toutes les œuvres de la création.
0 Thomme heureux! En ce moment il a tout oublié: sa
femme, s'il est marié (mais le plus souvent le flâneur est céliba-
taire), ses créanciers, son travail, son ambition, son génie,
tout, lui-même. Il serait malade, qu'il oublierait son malaise
en flânant. Le voilà; faites-lui place! Que la foule s'écarte
avec respect devant lui; il ne voit pas la foule, il s y mêle
sans le savoir, sans le vouloir, comme le flot se mêle au flot.
La foule l'entraîne et le pousse partout où elle veut aller. Un
jour, en flânant, le flâneur s'est trouvé assis sur le trône du
roi Charles X, au beau milieu du palais des Tuileries. Il
regardait, sous le feu des Suisses, les créations de Jean