Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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Mahomet avaient ressenti un peu de cette exaltation qui les
poussa autrefois contre les croisés. On entendit retentir, comme
au douzième siècle, les cris de la guerre sainte; et il y eut des
dévots musulmans qui firent vœu d'accomplir le combat sacré,
lequel consiste à tuer un infidèle. En Egypte, où Ton voyait
les Français de près, où l'on appréciait leur humanité, où l'on
pouvait les comparer aux soldats de la Porte surtout aux
Mamelucks; en Egypte enfin, où Ton était témoin de leur respect
pour le prophète (respect ordonné par le général Bonaparte),
l'aversion pour eux était moindre; et, quand ils quittèrent plus
tard le pays, le fanatisme était déjà sensiblement refroidi. On
venait mcme d'apercevoir en certains endroits, pendant la der-
nière insurrection, de vrais signes d'attachement pour nos sol-
dats, au point que les agents anglais en avaient été surpris.
Mais dans le reste de l'Orient on n'était frappé que d'une chose,
c'était l'invasion par les infidèles d'une vaste contrée musulmane.
Un jeune homme, natif d'Alep, mommé Suleiman, qui était
en proie à une grande exaltation d'esprit, qui avait fait des
voyages à La Mecque et à Médine, qui avait étudié à la mos-
quée El-Azhar, la plus célèbre et la plus riche du Kaire, celle
où l'on enseigne le Koran et la loi turque, qui voulait enfin
entrer dans le corps des docteurs de la foi, se trouvait errant
dans la Palestine, quand les débris de l'armée du visir la
traversèrent. Il fut témoin des souffrances, du désespoir de ses
coreligionnaires; son imagination malade en fut vivement émue.
L'aga des janissaires, qui avait eu occasion de le voir, excita
encore son fanatisme par ses propres suggestions. Ce jeune homme
offrit d'assassiner le sultan des Français, le général Kléber. On
lui donna un dromadaire et une somme d'argent pour faire le
voyage. Il se rendit à Gazah, traversa le désert, vint au Kaire,
s'enferma plusieurs semaines dans la grande mosquée, où étaient
I) La Porte, ottomane, la Sublime Porte, est la cour du sultan des
Turcs ottomans. Elle tire son nom de la porte du palais de Bagdad, sur
le seuil de laquelle le calife abbasside Mostadem fit enchâsser un morceau
de la fameuse pierre de la Kabaa, envoyée, dit-on, par dieu à Abraham,
et devenue noire, de blanche qu'elle était, par les péchés des hommes.
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