Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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260.
Madame de Staël prit donc le parti de fuir, et de disparaître dans un exil
plus lointain. C'est dans un livre charmant, le plus naturel de ses ouvra-
ges, les Dix années d'exil, qu'elle peint naïvement la situation de son
âme en ce moment décisif; mais elle ne rend pas justice à Napoléon. Elle
part enfin pour TAngleterre, en passant par la Russie ; car les autres
chemins n'étaient plus sûrs. Elle traverse l'Allemagne, la Pologne, gagne
la Russie, qui allait être le théâtre d'une si épouvantable guerre, et arrive
à Moscou. Fuyant devant les armées du conquérant, elle s'embarque
pour la Suède, d'où elle se dirige vers la Grande-Bretagne. Madame de
Staël ne jouit pas longtemps du repos que lui avait procuré la chute de
Napoléon; elle mourut en 1817, âgée de cinquante et un ans. Les qua-
lités dominantes des ouvrages de madame de Staël, sont TaflPection, la
piété, l'enthousiasme, et un constant effort vers le vrai. Après ses talents
éminents, ce qu'on admire le plus, c'est l'amour paternel qu'elle porta
jusqu'à l'adoration. Son style est original; sa pensée est presque toujours
juste, l'expression la rend saillante et lui donne quelque chose d'incisif.
Il ne faut pourtant pas lire ses écrits avec une confiance trop entière, et
s'abandonner sans réserve à l'impression qu'elle veut produire. Il faut
souvent se rappeler, que des traits d'éloquence ou de sentiment ne sont
pas des raisons, et que, s'ils jettent de l'éclat sur la vérité, ils peuvent
aussi quelquefois servir à la masquer.
V.
Fête d'Interlachen i).
Pour aller à la fête, il fallait s'embarquer sur l'un de ces
lacs dans lesquels les beautés de la nature se réfléchissent, et
qui semblent placés au pied des Alpes pour en multiplier les
ravissants aspects. Un temps orageux nous dérobait la vue
distincte des montagnes; mais, confondues avec les nuages,
elles n'en étaient que plus redoutables. La tempête grossissait;
et, bien qu'un sentiment de terreur s'emparât de mon âme,
j'aimais cette foudre du ciel qui confond l'orgueil de l'homme.
Nous nous reposâmes un moment dans une espèce de grotte,
avant de nous hasarder à traverser la partie du lac de ïhun
qui est entourée de rochers inabordables. C'est dans un lieu
1) Ce charmant endroit de l'Oberland bernois, emprunte son nom, In-
terlachen {înterlacus), de sa riante situation entre les lacs de Thun et de
Brienz.