Boekgegevens
Titel: Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: C. van der Post jr, 1862
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: IWO 678 D 63
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_205535
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Trefwoord: Frans, Leermiddelen (vorm), Proza (teksten), Gedichten (teksten)
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   Exercices de mémoire, de lectures et de déclamation: ou Mélanges, en prose et en vers ...
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107.
montrer des yeux ardents et enflammés dans l'indignation et
dans la colère, doux et pleins d'un tendre feu dans l'amitié,
riant dans la joie, tristes et abattus dans la douleur i). „Vou-
I lez-vous que je pleure/' dit un auteur ancien, „il faut que vous
t pleuriez vous-même le premier; alors, étant convaincu de votre
infortune, j'en serai vivement touché 2)." En un mot, tousles
^ sentiments, toutes les passions doivent se produire dans le
ij geste, dans la voix, dans l'air du visage, et surtout dans les
1; yeux, ces miroirs de lame.
Les rhéteurs distinguent trois sortes de gestes: le geste imi-
iatif, qui se rapproche le plus du naturel; le geste indicatifs
[; qui n'exprime que la pensée, et le geste affectif, qui est le
i tableau de l'âme, la vie du discours, et qui seul fait triompher
i l'éloquence et développe la nature tout entière. Il n'y a pas
une passion, pas un mouvement de chaque passion, pas une
1 seule partie de ce mouvement qui n'ait son geste et son ton
^ particulier, sa modulation, ses degrés de geste et de ton. Une
ï, langue, quelque énergique, quelque riche qu'elle soit, reste
h souvent au-dessous de l'idée qu'elle veut exprimer; souvent elle
I ne fait que dessiner ce qui devrait être peint, ou même pro-
tî fondément gravé. Un seul cri nous émeut jusqu'au fond de l'âme.
ii II en est de même des gestes: un coup d'œil dit plus vite et
ji plus que tous les discours. Une attitude, un maintien, peut
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') Le comte de Mirabeau {174-9—1791), reprenant la parole une qua-
P trième fois, termine son discours du 26 sept. 1789, sur la Banqueroute,
II par ces mots prononces d'une voix tonnante: «Mais aujourd'hui la banque-
ii route, la hideuse banqueroute est là; elle menace de consumer vous, vos
<1 propriétés, votre honneur: et vous délibérezl" Son improvisation, qu'on
ifi peut appeler le triomphe du génie, était si véhémente que ses cheveux, dit-on,
,|!i se hérissaient comme la crinière d'un lion.
t La première fois que Massillon (1603 1742), depuis évêque de Clermont
Il (Oise), prêcha son fameux sermon du Petit nombre des élus, il y eut un
Il passage où un transport de saisissement s'empara de tout l'auditoire: pres-
ijr que tout le monde se leva à moitié par un mouvement involontaire; le
I murmure d'acclamation et de surprise fut si fort qu'il troubla l'orateur,
et ce trouble ne servit qu'à augmenter le pathétique de son discours.
I 2) wPour arracher des pleurs, Virgile, tu pleurais."