Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Mme de SEVIGNE AU COMTE DE BUSSY.
»Je m'empresse de vous écrire, afin d'effacer promptement de
votre esprit le chagrin que ma dernière lettre y a mis. Je ne Tens
pas plus tôt écrite que je m'en repentis.... Il est vrai que j'étais
de méchante humeur, je n'eus pas la docilité de démonter mon esprit
pour vous écrire; je trempai ma plume dans mon fiel, et cela com-
posa une sotte lettre amère, dont je vous fais mille excuses. Si
vous fussiez entré une heure après dans ma chambre, nous nous
fussions moqués de moi ensemble.
Adieu, comte, point de rancune, ne nous tracassons plus. J'ai
un peu de tort; mais qui n'en a point en ce monde? Je suis bien
aise que vous reveniez pour ma fille. Demandez à M. de G. com-
bien elle est jolie. Montrez-lui ma lettre, afin qu'il voie que si je
fais les maux, je fais aussi les médecines."
Mme de SEVIGNÈ AU MARaUIS DE POMPONNE.
»11 faut que je vous conte une historiette, qui est très-vraie, et
qui vous divertira. Le roi se mêle depuis peu de faire des vers.
Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comment i! faut s'y pren-
dre. Il fit l'autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva
pas trop joli. Un matin il dit au maréchal deGrammont: »Mon-
sieur le maréchal, lisez, je vous prie, ce petit madrigal, et voyez
si vous en avez jamais vu un si impertinent : parce qu'on sait que
depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons,"
Le maréchal, après avoir lu, dit au roi: «Sire, Votre Majesté juge
divinement bien de toutes choses; il est vrai que voilà le plus sot
et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu." Le roi se mit à
rire, et lui dit: »N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien
fat? — »Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom." —
nOh bien!" dit le roi; »je suis ravi que vous m'en ayez parlé si
bonnement; c'est moi qui l'ai fait." — »Ah! Sire, quelle trahison!
Que Votre Majesté me le rende, je l'ai lu brusquement.'' — »Non,
M. le maréchal ; les premiers sentiments sont toujours les plus natu-
rels." — Le roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve
que voilà la plus cruelle chose que l'on puisse faire à un vieux
courtisan. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je