Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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des chrétiens. Vous êtes Français, il est vrai, et ils sont Espa-
gnols, Allemands, Anglais, peut-être; et qu'importe? N'êtes-vous
pas de la grande famille de jksus-christ? Ces étrangers vous
reconnaîtront pour frères; c'est vous qu'ils invitent par cette croix.
Ils ne vous ont jamais vus, et cependant ils pleurent de joie en
vous voyant sauvés des périls du désert.
Mais le voyageur des Alpes n'est qu'au milieu de sa course;
la nuit approche, les neiges tombent; seul, tremblant, égaré, il
fait quelques pas, se perd sans retour. C'en est fait, la nuit
est venue; arrêté au bord d'un précipice, il n'ose ni avancer, ni
retourner en arrière. Bientôt le froid le pénètre, ses membres
s'engourdissent, un funeste sommeil cherche ses yeux; ses der-
nières pensées sont pour ses enfants et pour son épouse. Mais
n'est-ce pas le son d'une cloche qui frappe son oreille à travers
le murmure de la tempête , ou bien est-ce le glas de la mort
que son imagination effrayée croit ouïr au milieu des vents? Non
ce sont des sons réels, mais inutiles, car les pieds de ce voya-
geur refusent maintenant de le porter____Un autre bruit se fait
entendre; un chien jappe sur les neiges; il approche, il arrive,
il *hurle de joie; un solitaire le suit.
Ce n'était donc pas assez d'avoir mille fois exposé sa vie pour
' sauver des hommes, de s'être établi pour jamais au fond des plus
affreuses solitudes ; il fallait encore que les animaux même appris-
sent à devenir l'instrument des ces oeuvres sublimes, qu'ils s'em-
brasassent, pour ainsi dire, de l'ardente charité de leurs maîtres,
et que leurs cris, sur le sommet des Alpes, proclamassent aux
; échos les miracles de notre religion.
' Qu'on ne dise pas que l'humanité seule puisse conduire à de
tels actes; car d'où vient qu'on ne trouve rien de pareil dans cette
belle antiquité, pourtant si sensible? On parle de philanthropie!
1 c'est la religion chrétienne qui est seule philanthrope par excel-
i lence. Immense et sublime idée qui fait du chrétien de la Chine
i un ami du chrétien de France, du sauvage néophite un frère du
j moine égyptien! Nous ne sommes plus étrangers sur la terre,
; nous ne pouvons plus nous y égarer. Chrétien , il n'est plus d'océan
ou de déserts inconnus pour toi : tu trouveras partout la langue
de tes aïeux et la cabane de ton père.
! Chateaubriand, Génie du Christianisme.