Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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MA PETITE CHIENNE-
Qu'on ne me reproche pas d'être prolixe dans les délaiis, c'est la
manière des voyageurs. Lorsqu'on part pour monter sur le Mont-Blanc,
lorsqu'on va visiter la large ouverture du tombeau d'Empédocle 1),
on ne manque jamais de décrire exactement les moindres circon-
stances: le nombre des personnes, celui des mulets, la qualité des
provisions, l'excellent appétit des voyageurs, tout enfin, jusqu'aux
faux pas des montures, est soigneusement enrégistré dans le journal
pour l'instruction de l'univers sédentaire. Sur ce principe, j'ai résolu
de parler de ma chère petite chienne Rosine, charmant animal, que
j'aime d'une véritable affection, et de lui consacrer un chapitre
tout entier. Depuis six ans que nous vivons ensemble, il n'y a
pas eu le moindre refroidissement entre nous; ou, s'il s'est élevé
entre elle et moi quelques petites altercations, j'avoue de bonne
foi que le plus grand tort a toujours été de mon côté, et que
Rosine a toujours fait les premiers pas vers la réconciliation.
Le soir, lorsqu'elle a été grondée, elle se retire tristement et
sans murmurer; le lendemain, à la pointe du jour, elle est auprès
de mon lit, dans une attitude respectueuse; et, au moindre mou-
vement de son maître, au moindre signe de réveil, elle annonce
sa présénce par les battements précipités de sa queue sur ma
table de nuit.
Et pourquoi refuserais-je mon affection à cet être caressant, qui
n'a jamais cessé de m'aimer depuis l'époque où nous avons com-
mencé de vivre ensemble? Ma mémoire ne suffirait pas à faire
l'énumération des personnes qui se sont intéressées à moi et qui
m'ont oublié. J'ai eu quelques amis, une foule de liaisons, encore
plus de connaissances; — et maintenant je ne suis plus rien pour
tout ce monde, qui a oublié-jusqu'à mon nom.
Que de protestations, que d'offres de services ! Je pouvais comp-
ter sur leur fortune, sur une amitié éternelle et sans réserve!
Ma chère Rosine, qui ne m'a point offert de services, me rend
le plus grand service qu'on puisse rendre à l'humanité ; elle m'ai-
mait jadis el m'aime encore aujourd'hui. Aussi, je ne crains point
1) Ce philosopbe, poè'e et médecin d'Agrigente, en Sicile, qui
florissait au Vc siècle av. J.-C., se précipita, dit-ou , dans l'Etua.