Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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LE BUSTE DE MON PÉRE.
Je ne finirais pas si je voulais décrire la milliènfie partie des
événements singuliers qui m'arrivent lorsque je voyage près de ma
bibliothèque : les voyages de Cook et les observations de ses com-
pagnons de voyage, les docteurs Banks et Solander ne sont rien
en comparaison de mes aventures dans ce seul district; aussi je
crois que j'y passerais ma vie dans une espèce de ravissement, sans
un buste sur lequel mes yeux et mes pensées finissent toujours
par se fixer, quelle que soit la situation de mon ûme; et lors-
qu'elle est trop violemment agitée, ou qu'elle s'abandonne au dé-
couragement, je n'ai qua regarder ce buste pour la remettre dans
son assiette naturelle.
Comme il est ressemblant!... Voilà bien les traits que la
nature avait donnés au plus vertueux des hommes. Ah î si le
sculpteur avait pu rendre visibles son ûme excellente, son génie
et son caractère! — Mais qu'ai-je entrepris? Est-ce donc ici le
lieu de faire son éloge? Est-ce aux hommes qui m'entourent que
je l'adresse? Eh! que leur importe?
Je me contente de me prosterner devant ton image chérie, ô le
meilleur des pères! Hélas! cette image est tout ce qui me reste
de toi et de ma patrie: tu as quitté la terre au moment oii le
crime allait l'envahir; et tels sont les maux dont il nous accable,
que ta famille elle-même est contrainte de regarder aujourd'hui ta
perte comme un bienfait. Que de maux t'eût fait éprouver une
plus longue vie! 0 mon père! le sort de ta nombreuse famille
est-il connu de toi dans le séjour du bonheur? Sais-tu que tes
enfants sont exilés de cette patrie que tu as servie pendant soixante
ans avec tant de zèle et d'intégrité? Sais-tu qu'il leur est défendu
de visiter ta tombe? — Mais la tyrannie n'a pu leur enlever la
partie la plus précieuse de ton héritage, le souvenir de tes vertus
et la force de tes exemples: au milieu du torrent criminel qui
entraînait leur patrie el leur fortune dans le gouffre, ils sont
demeurés inaltérablement unis sur !a ligne que lu leur avais tracée;
et lorsqu'ils pourront encore se prosterner sur ta cendre vénérée,
elle les reconnaîtra toujours. Xavier de Maistre.
(Voyage autour de ma chambre).