Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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située dans l'enceinte de la ville, elle est cependant assez éloignée
du centre pour qu'il soit permis de l'appeler campagne et même
solitude; car il s'en faut de beaucoup que toute cette enceinte soit
occupée par des bâtiments ; et quoique les vides qui se trouvent
dans la partie habitée se remplissent à vue d'oeil, il n'est pas
possible de prévoir si les habitations doivent un jour s'avancer
jusqu'aux limites tracées par le doigt hardi de Pierre 1.
Il était à peu près neuf heures du soir; le soleil se couchait
par un temps superbe; le faible vent qui nous poussait expira
dans la voile, que nous vîmes battre le mât. Bientôt le pavillon
qui annonce du haut du palais impérial la présence du souverain,
tombant immobile le long de la *hampe qui le supporte, proclama
le silence des airs. Nos matelots prirent la rame; nous leur ordon-
nâmes de nous conduire lentement.
Rien n'est plus rare, mais rien n'est plus enchanteur qu'une
belle nuit d'été à Saint-Pétersbourg, soit que la longueur de l'hiver
fit la rareté de ces nuits leur donnent, en les rendant plus dési-
rables, un charme particulier; soit que réellement, comme je le
crois, elles soient plus douces el plus calmes que dans les plus
beaux climats.
Le soleil, qui, dans les zones tempérées, se précipite à l'occident,
el ne laisse après lui qu'un crépuscule fugitif, rase ici lentement
une terre dont il semble se détacher à regret. Son disque environné
de vapeurs rougeâtres roule comme un char enflammé sur les som-
bres forêts qui couronnent l'horizon, el ses rayons, réfléchis par le
vitrage du palais, donnent au spectateur l'idée d'un vaste incendie.
Les grands fleuves ont ordinairement un lit profond et des bords
escarpés qui leur dorment un aspect sauvage. La Néva coule à
plems bords au sein d'une cité magnifique; ses eaux limpides tou-
chent le gazon des îles qu'elle embrasse, et dans toute l'étendue de
la ville elle est contenue par deux quais de granit, alignés à perte
de vue, espèce de magnificence répétée dans les trois grands canaux
qui parcourent la capitale, et dont il n'est possible de trouver
ailleurs ni le modèle ni l'imitation.
Mille chaloupes se croisent et sillonnent l'eau en tous sens; on
voit de loin les vaisseaux étrangers, qui plient leurs voiles el jettent
l'ancre. Ils apportent sous le pôle les fruits des zones brûlantes
et toutes les productions de l'univers. Les brillants oiseaux d'Amé-
rique voguent sur la Néva avec des bosquets d'orangers; ils retrou-
vent en arrivant la noix du cocotier, l'ananas, le citron, et tous