Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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qu'on attaquerait dès le lendemain quelques-uns des forts tombés
au pouvoir de l'ennemi, dont l'innombrable armée investissait la
■ville. Toutefois la guerrière réitéra sa sommation aux Anglais par
des lettres qu'un archer leur lança au bout d'une flèche; elle s'ex-
primait ainsi: »Anglais, vous qui n'avez aucun droit au royaume
de France, dieu vous ordonne, par moi, Jeanne la vierge, d'aban-
donner vos forts et de vous retirer. Je vous ferais tenir mes lettres
plus honnêtement, si vous ne reteniez pas mes ^hérauts." Le
commandant ne répondit que par des injures, qui touchèrent Jeanne
jusqu'aux larmes; car elles attaquaient la pureté de sa vie, et il
finissait en disant que si les Anglais la tenaient, ils la feraient
brûler vive. Elle ne fit aucune attention à cette menace.
L'attaque générale des forts fut ordonnée; Jeanne se montra
partout la première, son étendard à la main, criant sans relâche
aux troupes: »Au nom de dieu, il faut combattre les Anglais,
fussent-ils pendus aux nues!" Devant le fort des Tourelles, qui
défendait l'entrée du pont, elle reçut un coup de flèche dans la
gorge; elle l'avait prédit la veille. D'abord la douleur lui arracha
quelques larmes, mais bientôt elle dit avec un sourire : »Ce n'est
pas du sang, c'est de la gloire." Les Français découragés voulurent
opérer leur retraite ; mais Jeanne, sans attendre le premier appareil,
accourut au pied du fort et y planta son étendard. Enthousiasmés
par cette action, ils montèrent ^hardiment à l'assaut; les ennemis
épouvantés abandonnèrent le boulevard et les tourelles, et Jeanne
rentra par le pont dans la ville, au son de toutes les cloches.
Les soldats anglais ne voulurent plus combattre; car ils voyaient
dans Jeanne une messagère du ciel venue pour les exterminer, et,
le cinquième jour, ils levèrent le siège en grand désordre, comme
elle l'avait dit le premier jour. Ainsi cette puissante armée, jus-
qu'alors victorieuse, fut balayée comme la paille des champs, au
souffle de la bergère.
Jeanne retourna sans délai à Chinon, où mille marques d'honneur
l'attendaient. »Pas encore," dit-elle, »il faut marcher droit sur
Rheims pour y faire sacrer le roi." Et comme Charles VII hésitait:
1 Je ne dois durer qu'un an," reprit-elle, >ou guère au delà, tâchons
de bien employer cette année, noble dauphin, et venez au plus tôt
à Rheims prendre, sur le maître-autel de la cathédrale, votre digne
couronne de roi de France." Cet avis était contre toute prudence
humaine, car il fallait traverser avec une armée nombreuse et sans
-wivres quatre-vingts lieues d'un pays occupé par les ennemis for-