Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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L'exercice que j'avais fail dans la matinée, et la bonne humeur
qui en est inséparable, me rendaient le repas du dîner très-agréable j
mais quand il se prolongeait trop, et que le beau temps m'invitait,
je ne pouvais pas si longtemps attendre, et pendant qu'on était
encore à table, je m'esquivais et j'allais me jeter seul dans un
bateau que je conduisais au milieu du lac quand l'eau était calme ;
et là, m'élendant de tout mon long dans le bateau, les yeux
tournés vers le ciel, je me laissais aller et dériver lentement au
gré de l'eau, quelquefois pendant plusieurs heures, plongé dans
mille rêveries confuses, mais délicieuses, et qui, sans avoir aucun
objet bien déterminé ni constant, ne laissaient pas d'être à mon gré
cent fois préférables à tout ce que j'avais trouvé de plus doux dans
ce qu'on appelle les plaisirs de la vie. Souvent, averti par le bais-
ser du soleil de l'heure de la retraite, je me trouvais si loin de
l'île que j'étais forcé de ramer de toute ma force pour arriver
avant la nuit close. D'autres fois, au lieu de m'écarter en pleine
eau, je me plaisais à côtoyer les verdoyantes rives de l'ile, dont
les limpides eaux et les ombrages frais m'ont souvent engagé à m'y
baigner. Mais une de mes navigations les plus fréquentes était d'aller
de la grande à la petite île, d'y débarquer, et d'y passer l'après-
dîner tantôt à des promenades très-circonscrites, au milieu des
arbrisseaux de toute espèce, et tantôt m'établissant au sommet d'un
tertre sablonneux, couvert de gazon, de serpolet, de fleurs, môme
d'esparcette et de trèfle qu'on y avait vraisemblablement semés
autrefois, et très-propre à loger des lapins, qui pouvaient y mul-
tiplier en paix sans rien craindre et sans nuire à rien. Je donnai
celle idée au receveur, qui fit venir de Neucbàtel des lapins mâles
el femelles, et nous allâmes en grande pompe, sa femme, une de
ses sœurs, Thérèse et moi, les établir dans la petite île, où ils
commençaient à peupler avant mon départ, et où ils auront pros-
péré sans doute, s'ils ont pu soutenir la rigueur des hivers. La
fondation de cette petite colonie fut une fête. Le pilote des Ar-
gonautes n'était pas plus fier que moi, menant en triomphe ta
compagnie et les lapins de la grande île à la petite, et je notais
avec orgueil que la receveuse, qui redoutait l'eau à l'excès, et
s'y trouvait toujours mal, s'embarqua sous ma conduite avec confi-
ance et ne montra nulle peur durant la traversée.
Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation, je pas-
sais mon après-midi à parcourir l'île, en herborisant à droite et
.H gauche ; m'asseyant tantôt dans les réduits les plus riants et