Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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par le concours des gens qui m'entouraient ; cet espoir, dis-je, me
donnait celui d'y finir mes jours plus tranquillement que je ne les
avais passés; et l'idée que j'aurais le temps de m'y arranger tout
à loisir fit que je commençai par n'y faire aucun arrangement.
Transporté là brusquement, et tout seul, j'y fis venir successive-
ment ma gouvernante, mes livres et mon petit équipage, dont
j*eus le plaisir de ne rien déballer, laissant mes caisses et mes
malles comme elles étaient arrivées, et vivant dans l'habitation où
je comptais achever mes jours, comtne dans une auberge d'où
j'aurais dû partir le lendemain. Toutes choses, telles qu'elles étaient,
allaient si bien, que vouloir les mieux ranger, était y gâter quel-
que chose. Un de mes plus grands délices était surtout de laisser
toujours mes livres bien encaissés, et de n'avoir point d'écritoire.
Quand de malheureuses lettres me forçaient de prendre la plume
pour y répondre, j'empruntais en murmurant l'écritoire du receveur
et je me hâtais de la rendre, dans la vaine espérance de n'avoir
plus besoin de la remprunter. Au lieu de ces tristes paperasses
et de toute cette bouquinerie, j'emplissais ma chambre de tleurs et
de foin; car j'étais alors dans ma première ferveur de la botanique,
pour laquelle le docteur d'Ivernois m'avait inspiré un goût qui
devint bientôt une passion. Ne voulant plus d'œuvre de travail,
il m'en fallait une d'amusement qui me plût, et qui ne me donnât
de peine que celle qu'aime à prendre un paresseux. J'entrepris de
décrire toutes les plantes de l'île, sans en omettre une seule,
avec un détail suffisant pour m'occuper le reste de mes jours. En
conséquence de ce beau projet, tous les matins, après le déjeuner
que nous faisions tous ensemble, j'allais, une loupe à la main et
mon „Système de la nature" sous le bras, visiter un canton de
l'île, que j'avais pour cet effet divisée en petits carrés, dans l'in-
tention de les parcourir l'un après l'autre en chaque saison. Rien
n'est plus singulier que les ravissements, les extases que j'éprouvais
à chaque observation que je faisais sur la structure et l'organisation
végétables. Au bout de deux ou trois heures, je m'en revenais,
chargé d'une ample moisson, provision d'amusement pour l'aprés-
dînée au logis, en cas de pluie. J'employais le reste de la matinée
à aller avec le receveur, sa femme et Thérèse, visiter leurs
ouvriers et leur récolte, mettant le plus souvent la main à l'œuvre
avec eux; et souvent des Bernois, qui me venaient voir, m'ont
trouvé juché sur de grands arbres, ceint d'un sac que je remplis-
sais de fruits, et que je dévalais ensuite à terre avec une corde.
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