Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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de terre qu'on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les
vagues et les orages font à la grande.
Il n'y a dans l'île qu'une seule maison, mais grande, agréable
et commode, qui appartient à l'hôpital de Berne, ainsi que l'île,
et où loge un receveur avec sa famille et ses domestiques. Il y
entretient une nombreuse basse-cour, une volière et des réservoirs
pour le poisson. 1/île, dans sa petitesse, est tellement variée dans
ses aspects, qu'elle offre toutes sortes de sites et souffre toutes
sortes de cultures. On y trouve des champs, des vignes, des bois,
des vergers, de gras pâturages, ombragés de bosquets et bordés
d'arbrisseaux de toute espèce, dont le bord des eaux entretient la
fraîcheur; une haute terrasse plantée de deux rangs d'arbres borde
l'île dans toute sa longueur, et dans le milieu de la terrasse on
a bâti un petit salon, où les habitants des rives voisines se ras-
semblent et viennent danser les dimanches durant les vendanges.
C'est dans cette île que je me réfugiai après la lapidation de
Moliers. J'en trouvai le séjour si charmant, j'y menais une vie si
convenable à mon humeur, que, résolu d'y finir mes jours, je
n'avais d'autre inquiétude, sinon qu'on ne me laissât exécuter ce
projet, qui ne s'accordait pas avec celui de m'entraîner en Angle-
terre, dont je sentais déjà les effets. Dans les pressentiments qui
m'inquiétaient, j'aurais voulu qu'on m'eût fait de cet asile une prison
perpétuelle, qu'on m'y eût confiné pour toute ma vie, et qu'en
m'ôtant toute puissance et tout espoir d'en sortir, on m'eût interdit
toute espèce de communication avec la terre ferme, de sorte qu'i-
gnorant tout ce qui se faisait dans le monde, j'en eusse oublié
l'existence et qu'on y eût oublié la mienne aussi.
On ne m'a laissé passer guère que deux mois dans cette île,
mais j'y aurais passé deux ans, deux siècles, et toute l'éternité,
sans m'y ennuyer un moment, quoique je n'y eusse, avec ma com-
pagne, d'autre société que celle du receveur, de sa femme et de
ses domestiques, qui étaient à la vérité de très-bonnes gens et
rien de plus; mais c'était précisément ce qu'il me fallait. Je compte
ces deux mois pour le temps le plus heureux de ma vie, et telle-
ment heureux qu'il m'eût suffi durant toute mon existence, sans
laisser naître un seul instant dans mon âme le désir d'un autre état.
L'espoir qu'on ne demanderait pas mieux que de me laisser daus
ce séjour isolé, où je m'étais enlacé de moi-même, d'où il m'était
impossible de sortir sans assistance et sans être bien aperçu, et
où je ne pouvais avoir ni communication ni correspondance que