Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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traînasse contre terre, avec donlenr, pour aller ramasser ma-
proie; ainsi mes mains me préparaient de quoi me nourrir. Il
est vrai que les Grecs, en partant, me laissèrent quelques pro-
visions, mais elles durèrent peu. J'allumais du feu avec des
cailloux. Cette vie, tout allreuse qu'elle est, m'aurait paru douce,
loin des hommes ingrats et trompeurs, si la douleur ne m'eût
accablé, et si je n'eusse sans cesse repassé dans mon esprit ma
triste aventure. //Quoi," disais-je, //tirer un homme de sa pa-
trie, comme le seul homme qui puisse venger la Grèco, et puis
l'abandonner dans cette île déserte pendant son sommeil!" car ce
fut pendant mon sommeil que les Grecs partirent. Jugez quelle
fut ma surprise, et combien je versai de larmes à mon réveil,
quand je vis les vaisseaux fendre les ondes! Hélas! cherchant
de tous côtés dans celte île sauvage et horrible, je n'y trouvai
que la douleur; en effet, il n'y a ni port, ni commerce, ni
hospitalité, ni homme qui ) aborde volonlairement; on n'y voit
que les malheureux que les tempêtes y ont jetés, et on n'y
peut espérer de société que par des naufrages; encore même ceux
qui venaient en ce lieu n'osaient me prendre pour me ramener;
ils craignaient la colère des dieux et celle des Grecs. Depuis dix
ans je souffrais la douleur, la faim, je nourrissais une plaie qui
me dévorait; l'espérance même était éleinle dans mon cœur."
Fénelon, Télémaque,
LES RELIGIEUX DU MONT SAINT-BERNARD.
A la lin d'Avril 1755, j'allais au Piémont par la route du
grand Saint-Bernard, Vers tes quatre heures de l'après-midi, la
petite caravane avec laquelle j'avais gravi ce dangereux passage
parvint, au sommet de la montagne; et, après avoir réparé ses
forces dans l'hospice élevé au milieu de ce désert, elle se remit
en marcluî, pour coucher le même soir à la vallée d'Aoste.
Déjà le soleil avait perdu sa chaleur, et le ciel même sa séré-
nité: des nuages commençaient à se traîner le long des cimes et
des rochers, et s'amoncelaient dans les gorges étroites de cettc
solitude. Au sommet des Alpes, une soirée nébuleuse amollit \e
courage; je me décidai à passer la nuit avec les religieux hos-
pitaliers qui partageaient mes pressentiments.
Ils ne nous trompèrent point. A six heures, ce plateau glacé fut
presque enseveli dans les ténèbres: les nues poussées par nn vent