Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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s'arrêta, et après avoir quelques moments considéré le pauvre:
• Vous me paraissez," lui dit-il, »intelligent et propre à travailler:
pourquoi faire un si vil métier? Je veux vous tirer de celle triste
situation et vous donner dix mille livres de rente." Antoine se
mit à rire et moi aussi. »Riez tant que vous le voudrez," reprit
le monsieur poudré, »mais suivrz mes conseils, et vous acquerrez
ce que je vous promets. Je puis d'ailleurs vous prêcher d'exemple:
j'ai été aussi pauvre que vous; mais au lieu de mendier, je me
suis fait une hotte avec un mauvais panier, et je suis allé dans
les villages et dans les villes de province, demander, non pas des
aumônes, mais de vieux chiffons, qu'on me donnait gratis et que
je revendais ensuite, à un bon prix, aux fabricants de papier. Au
bout d'un an, je ne demandais plus pour rien les chitîons, mais
je les achetais, et j'avais en outre une charrette et un âne pour
faire mon petit commerce.
Cinq ans après, je possédais trente mille francs et j'épousais la
fille d'un fabricant de papier, qui m'associait à sa maison de com-
merce peu achalandée, il faut le dire; mais j'étais jeune encore,
j'étais actif, je savais travailler et m'iinposer des privations. A
l'heure qu'il est, je possède deux maisons à Paris, et j'ai cédé
ma fabrique de papier à mon fils, à qui j'ai enseigné de bonne
heure le goût du travail et le besoin de la persévérance. Faites
comme moi, l'ami, et vous deviendrez riche comme moi.»
Là-dessus le vieux monsieur s'en alla, laissant Antoine telle-
ment préoccupé, que deux dames passèrent sans entendre l'appel
criard du mendiant: »La chariié, s'il vous plaît!»
En 1815, pemlant mon exil à Bruxelles, j'entrai un jour
chez un libraire pour y faire emplette de quelques livres. Un gros
et grand monsieur se promenait dans le magasin et donnait des
ordres à cinq ou six commis. Nous nous regardâmes l'un l'autre
comme des gens qui, sans pouvoir se reconniiître, se rappelaient
cep'îudant qu'ils s'étaient vus autrefois quelque part. »Monsieur,"
me dit à la fin le libraire, »il y a vingt-cinq ans, n'alliez-vous
pas souvent à Versailles, le dimanche?" — »Quoi! Antoine, c'est
vous!" m'écriai-je. — « M.msieur," répliqua-t-il, »vous le voyez,
le vieux monsieur poudré avait raison ; il m'a donné dix mille li-
A. V. Arnault.