Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Alexandre Oumas» né en 1803.
Fils d'un mulâtre, qui était général au service de France, ii trahit
dans ses productions littéraires le sang dont il est issu. //Toute
l'ardeur du climat des tropiques paraît avoir passé dans ses veines",
dit un critique, //avec quelque chose de sauvage, d'insubordonné,
de violemment matériel". On ne saurait sans injustice lui refuser
une brillante imagination, une puissance de création extraordinaire,
el l'art de passionner à un degré rare l'intérêt du lecteur. Mais il
s'adresse surtout au public avide d'émotions fortes, plutôt que des
jouissances délicates de l'esprit. Ses ouvrages, drames et romans,
sont presque innombrables.
BONNIVÂRD PRISONNIER A GHILLON.
Bonnivard, ayant voulu affranchir Genève du joug de la Savoie,
échoua dans son entreprise; transporté à Chillon, il y trouva une
captivité aQVeuse. Lié par le milieu du corps à une chaîne dont
l'autre bout allait rejoindre un anneau de fer scellé dans un pilier,
il resta ainsi six ans, n'ayant de liberté que la longueur de cette
chaîne, ne pouvant se coucher que là oii elle permettait de s'étendre,
tournant toujours comme une bête fauve autour de son pilier, creu-
sant le pavé avec sa marche forcément régulière, rongé parcelle
pensée que sa captivité ne servait peut-être en rien à l'affranchisse-
ment de son pays, el que Genève el lui élaient voués à des fers
éternels. Gomment, dans celte longue nuit, que nul jour ne venait
interrompre, dont le silence n'était troublé que par le bruit des flots
du lac ballant les murs du cachot, comment, ô mon dieu! la
pensée n'a-t-elle pas tué la matière, ou la matière la pensée? Gom-
ment, un malin, le geôlier ne Irouva-t-il pas son prisonnier mort
ou fou, quand une seule idée, une idée éternelle, devait lui briser
le cœur et lui dessécher le cerveau? Et, pendant ce temps, pendant
six ans, pendant cette éternité, pas un cri, pas une plainte, dirent
ses geôliers, excepté sans doute quand le ciel déchaînait l'orage,
quand la tempête soulevait les flots, quand la pluie et le vent
fouettaient les murs: car alors sa voix se perdait dans la grande
voix de la nature; car alors vous seul, ô mon dieu! vous pouviez
distinguer ses cris et ses sanglots; et ses geôliers, qui n'avaient pas
joui de son désespoir, le retrouvaient le lendemain calme et résigné,
car la tempête alors s'était calmée dans son cœur, comme dans la