Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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J'avais faim, j'entrai chez un restaurateur, et je demandai du plum-
pudding qui était sur un plateau, et qui avait fort bonne mine. —
ff II est retenume dit le garçon, //et nous n'en avons pas d'autre."
La dame, qui était au comptoir, voyant ma grande contrariété et
ma grande jeunesse, me sourit d'un air d'intelligence protectrice, et
se tournant aussitôt vers une table à sa gauche: //Monsieur de
Fontgibu," dit-elle, //auriez-vous la complaisance, si vous ne mangez
pas tout, de partager votre plum-pudding avec monsieur f A ce
nom de Fontgibu, mon attention s'était éveillée , et je vis un homme
assez âgé, poudré à blanc, qui portait des épaulettes de colonel
très-minces, snr un habit bourgeois, gros bleu, avec des boutons
d'uniforme et une épée d'acier. A travers ce déguisement et sous cet
air martial, je reconnus pourtant mon Fontgibu d'Orléans, et m'ap-
prochant de lui, //Colonel... monsieur le marquis," lui dis-je, //c'est
donc à vous que je devrai toujours l'avantage de goûter du pluat-
pîtdding! Je suis un tel, ce petit écolier que vous avez régalé ainsi
chez madame une telle à Orléans, en telle année, vous vous rap-
pelez?" Il rassembla un moment ses souvenirs, et, me tendant la
main avec cordialité: //En vérité, je ne vous aurais pas reconnu; vous
voilà si grand... C'est que je ne vous ai jamais revu. — Et moi,"
repris-je vivement, //je n'ai jamais remangé de plim-pudding^ — Il
me fit les honneurs dn sien, en riant de cette singularité, et me
raconta, toujours en riant, comment, ayant été blessé trois fois à
l'armée de Condé, et ruiné une fois pour toutes par la révolution, il
se trouvait maintenant en pension chez ce traiteur obscur, en attendant
que le ministre voulût bien s'occuper de lui. Une rougeur de honte
me monta au front, en songeant que je m'étais moqué un instant
de cet uniforme si peu militaire, sans prévoir quel brave et imbic
cœur pouvait battre dessous. Nous nous quittâmes, lui, riant en-
core, moi presque pleurant... Et depuis ce jour, plus de monsieur
de Fontgibu, partant, plus de 'plum-pudding,.,.
L'hiver dernier, je venais de lire chez mes cousines anglaises
quelques scènes de mon Macbeth tout shakspearien, qu'on jouera
peut-ôtre au théâtre français dans quatre-vingt-dix ans: cela me
fera bien plaisir. Comme je finissais, une autre dame anglaise
m'aborda gracieusement avec quatre de mes vers qu'elle avait
retenus par esprit de nationalité, et me dit: //Est-ce que pour
l'amour de Shakspeare, monsieur, vous ne voudriez pas accom-
pagner demain vos cousines qui viendront chez moi prendre leur
part d'un plum-pudding aussi bon anglais que votre Macbeth?'*