Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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a que la liberté qui lui ait été plus favorable que cet odieux des-
pote. La force de son génie se montre dans l'impuissance même où
il fut d'établir solidement une domination qu'il garda cependant
jusqu'à la dernière heure, inébranlable dans une autorité toujours
combattue, et si puissant qu'après lui son nom régna quelque temps
sous la faiblesse de Richard. Plusieurs écrivains anglais ont pro-
digué à Cromwell des éloges excessifs que la morale repousse. On
reprochera toujours à sa mémoire deux grands crimes, qui s'aggravent
encore l'un par l'autre: le régicide et la tyrannie.
SHAKESPEARE.
Shakespeare! C'est le génie anglais personnifié, dans son allure
fière et libre, dans sa rudesse, sa profondeur et sa mélancolie. Le
monologue de Hamlet ne devait-il pas être inspiré dans le pays des
brouillards et du spleen : la noire ambition de Macbeth, cette ambi-
tion si soudaine, si violente et si réfléchie, n'est-elle pas un tableau
fait pour la preuple, parmi lequel le trône fut disputé si longtemps,
par tant de crimes et de guerres?
Combien cet esprit indigène n'a-t-il pas plus de puissance encore
dans ces sujets où Shakespeare envahit son auditoire de toutes les
vieilles coutumes, de tous les préjugés du pays, avec les noms
propres des lieux et des hommes, Richard 111, Henri IV, Henri
Vlll ! Lorsque Shakespeare touche à l'expression des sentiments
naturels, lorsqu'il ne veut être ni pompeux , ni sublime, lorsqu'il
peint l'homme, il faut l'avouer, jamais l'émotion et l'éloquence ne
furent portées plus loin. Ses personnages tragiques, depuis le mé-
chant el hideux Richard III jusqu'au rêveur et fantasque Hamlet,
sont des êtres réels , qui vivent dans l'imagination et dont l'empreinte
ne s'efl'ace plus.
Comme tous les grands maîtres de la poésie, il excelle à peindre
ce qu'il y a de plus terrible et de plus gracieux. Ce génie rude et
sauvage trouve une délicatesse inconnue dans l'èxpression du carac-
tère des femmes. Toutes les bienséances lui reviennent alors. Orphélia,
Catherine d'Aragon, Juliette, Cordélia, Desdemone, figures tou-
chantes cl variées, ont des grâces inimitables et une pureté naïve,
qu'on n'attendait pas de la licence d'un siècle grossier et de la
rudesse de ce mâle génie. Le goût, dont il est dépourvu trop
souvent, est alors suppléé par un instinct délicat, qui lui fait deviner