Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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lis ne savent pas de quels avantages ils se privent; écouter est^
<le toutes les manières d'apprendre, celle qui donne le moins de
peine. Tel serait bientôt moins ignorant, s'il daignait prêter l'oreille
aux gens instruits. Les hommes habiles s'éclaireraient entre eux;
ie génie s'échauffe dans une conversation soutenue, il s'anime par
la discussion et produit des beautés soudaines. .Mais ne parler que
pour faire mouvoir sa langue! quel misérable emploi du don de la
parole, de ce bel attribut de l'homme, et que dieu n'a donné qu'à
lui seul entre toutes ses créatures!
J'ai voyagé chez les sauvages de l'Amérique septentrionale; je
savais un peu leur langue; j'ai parlé avec eux : ils ont pour cou-
tume, lorsqu'ils veulent dire quelque chose de sérieux, de commencer
par toucher l'oreille de celui auquel ils s'adressent avec une branche
d'arbre, comme pour l'avertir d'écouter ; ils se recueillent en silence
quelques minutes avant de prendre la parole; ont-ils fmi, ils vous
appellent par votre nom, et ajoutent: ^ J'ai parlée"* Les interrompre,
soit pendant le recueillement qui précède leur discours, soit pendant
le discours même, ce serait une injure grave, et qu'ils ne se per-
mettent jamais entre eux. Les Parisiens ne se doutent guère que
les Indiens des bords de l'Ohio, que des sauvages errants dans les
bois, pourraient leur donner des leçons de politesse.
En vérité, j'ai quelquefois désiré ici qu'au lieu d'une branche
d'arbre, celui qui parlait tînt dans sa main un bâton, et qu'il eût
le droit d'en détacher un ou deux coups au premier qui l'interromprait.
Afin que chacun pût avoir son tour, le bâton passerait de main en
main ; on dirait : » Bonnez-moi le bâtonau lieu de dire : » Donnez-
moi la parole.'' Il y aurait bien un inconvénient à craindre: ce
serait que le bâton n'arrivât aux mains d'un bavard qui ne voudrait
plus le quitter; mais encore vaut-il mieux courir le risque d'en-
tendre un homme trop longtemps, que d'être exposé à ne jamais
s'entendre.
f^ainennai<«9 né en 1782, mort en 1854.
Laissant de côté ses opinions religieuses et politiques, et se bor-
nant au point de vue littéraire, on doit convenir que Lamennais est
un des plus grands écrivains de la France moderne, et que sa parole
4ïst souvent éloquente comme celle de Bossuet et de Pascal. Ses