Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Vorige scan Volgende scanScanned page
355
troublé de ta grandeur que dans ces nuits où, suspendu entre tes
astres et l'océan, j'avais l'immensité sur ma tête et l'immensité sous
mes pieds!
Je ne suis rien; je ne suis qu'un simple solitaire; j'ai souvent
entendu les savants disputer sur le premier Être, et je ne les ai
point compris; mais j'ai toujours remarqué que c'est à la vue des
grandes scènes de la nature, que cet être inconnu se manifeste au
cœur de l'iiomme. Un soir (il faisait un profond calme) nous nous
trouvions dans ces belles mers qui baignent les rivages de la Vir-
ginie; toutes les voiles étaient pliées: j'étais occupé sur le pont,
lorsque j'entendis la cloche qui appelait l'équipage à la prière; je
me hâtai d'aller mêler mes vœux à ceux de mes compagnons de
voyage. Les officiers étaient sur le château l) de poupe avec les pas-
sagers; Taumônier, un livre à la main, se tenait un peu en avant
d'eux; nos matelots étaient répandus pêle-mêle sur le tillac: nous
étions tous debout, le visage tourné vers la proue du vaisseau, qui
regardait l'occident.
Le globe du soleil, dont nos yeux pouvaient alors soutenir l'éclat,
prêt à se plonger dans les flots, apparaissait entre les cordages
du navire, et versait encore le jour dans des espaces sans bornes.
On eût dit, par les balancements de la poupe, que l'astre radieux
changeait à chaque instant d'horizon. Les mâts, les haubans, les
vergues du navire étaient couverts d'une teinte de rose. Quelques
nuages erraient sans ordre dans l'orient, où la lune montait avec
lenteur. Le reste du ciel était pur; et vers le nord, formant un
glorieux triangle avec l'astre du jour el celui de la nuit, une trombe,
brillante de toutes les couleurs du prisme, s'élevait de la mer, comme
une colonne de cristal, supportant la voûte du ciel.
Il eût été bien à plaindre celui qui dans ce beau spectacle n'eût
point reconnu la beauté de dieu. Des larmes coulèrent malgré moi
de mes paupières, lorsque mes intrépides compagnons, ôtant leurs
chapeaux goudronnés, vinrent à entonner d'une voix rauque leur sim-
ple cantique à Notre-Dame de Bon-Secour», patronne des mariniers.
Quelle était touchante, la prière de ces hommes, qui, sur une
planche fragile, au milieu de l'Océan, contemplaient un soleil cou-
chant sur les flots! Comme elle allait à l'âme cette invocation du
pauvre matelot à la mère de douleur! La conscience de notre pe-
titesse à la vue de l'infini, ces chants s'étendant au loin sur les
1) Espèce de logemeat au-dessus du dernier pont.