Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Vorige scan Volgende scanScanned page
217
récompensait de méprisal)lrs écrivains, 'jui d'ordinaire sont ram-
pants; et par une liaulenr d'esprit si luen [dacée ailleurs, il voulait
abaisser ceux en (|ui il sentait avec (jueb[ui' dépit un vrai génie,
qui rarement se plie à la dépendance, 11 est bien rare qu'un
hnmme puissant, quand il est lui-même artiste, protège sincèrement
les bons artistes. Corneille eut à combattre son siècle, ses rivaux
et le cardinal de Richelieu. Le Cid ne lut pas le seul ouvrage
de Corneille que le carditial de Richelieu voulut rabaisser. L'abbé
dWuhignacl) nous apprend que ce ministre désa[q)rouva Polyeucle.
Le Cid, après tout, était une imitation très-embellie de Guillen de
Castro, et en plusieurs endroits une traduction. Cinna, qui le
suivit, était unique. J'ai connu un ancien domestique de la maison
de Condé, qui disait que le grand Condé h IMge de vingt ans,
étant à la première représentation de Ciima, versa des larmes à
ces paroles d'Auguste :
//Soyons a7nis, Cinna ^ cest moi qui ftn convie.'^
C'étaient là des larmes de héros. Le i^rand Corneille, faisant
}»leurer le grand Condé d'adnnration, est une épo(jue bien célèbre
dans l'histoire de l'esprit humain, La quantité de pièces peu dignes
de lui, qu'il lit plusieurs années après, n'empêcha pas la nation de
le regarder comme un grand homme; ainsi que les fautes considé-
rables d'ilomèrf n'ont jamais empêché qu'il ne fût sublime. C'est
le privilège du vrai génie, et surtout du génie qui ouvre une
carrière, de faire impunément de grandes fautes.
-Corneille s'était formé tout seul; mais Louis XIV, Colbert,
Sophocle et Euripide contribuèrent tous à former Racine. Une ode, qu'il
composa à l'âge de fli\-huit ans pour le mariage du roi, lui attira
nn présent qu'il n'attendait pas, et le détermina à la poésie. Sa
réputation s'est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de
Corneille a nn peu diminué- La raison en est, que Racine, dans
tous ses ouvrages depuis son Alexandre, est toujours élégant,
toujours correct, toujours vrai; qu'il parle au cœur, et que l'autre
manque trop souvent à tous ces devoirs. Racine passa de bien
loin el les Grecs pt Corneille dans l'intelligence des passions, et
porta la douce harmonie de la poésie, ainsi que les grâces de ia
parole, an plus haut point où elles puissent parvenir. Ces hommes
enseignèrent la nation à penser, à sentir et à s'exprimer. Leurs
auditeurs, instruits par eux seuls, devinrent enfin des juges sévères
1) Préceptenr du duc de Fronsfc, neveu du mini^fre'roi,
10