Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Souvent j'ai beau rêver du matin jusqu'au soir;
Quand je veux dire »blanc'*, ia quinleuse dit moir";
Si je veux d'un galant dépeindre ia figure,
Ma plume pour rimer trouve l'abbé de Pure;
Si je pense exprimer un auteur sans défaut,
La raison dit Virgile, et la rime Quinaut:
Enfin, quoi que je fasse ou que je veuille faire,
La bizarre toujours vient m'offrir le contraire.
De rage quelquefois, ne pouvant la trouver,
Triste, ias el confus, je cesse d'y rêver;
Et, maudissant vingt fois le démon qui m'inspire,
Je fais mille serments de ne jamais écrire.
Mais, quand j'ai bien maudit et Muses et Phébns,
Je la vois qui paraît quand je n'y pense plus:
Aussitôt, malgré moi, tout mon feu se rallume;
Je reprends sur-le-champ le papier et la plume.
Et, de mes vains serments perdant le souvenir.
J'attends de vers en vers qu'elle daigne venir.
Encor si pour rimer, dans sa ver\'e indiscrète,
Ma muse au moins souffrait une froide épithète.
Je ferais comme un autre; el, sans chercher si loin.
J'aurais toujours des mots pour les coudre au besoin;
Mais je ne puis souffrir qu'une phrase insipide
Vienne à la fin d'un vers remplir la place vide;
Ainsi, recommençant un ouvrage vingt fois,
Si j'écris quatre mots, j'en efl'acerai trois.
Mandit soit le premier dont la verve insensée
Dans les bornes d'un vei-s renferma sa pensée.
Et, donnant à ses mots une étroite prison,
Voulut avec la rime enchaîner la raison!
Sans ce métier fatal au repos de ma vie,
Mes jours pleins de loisir couleraient sans envie:
Je n'aurais qu'à chanter, rire, boire d'autant.
Et, comme un gras chanoine, à mon aise et content.
Passer tranquillement, sans souci, sans affaire,
La nuit à bien dormir, «t le jour à rien faire.
Mon cœur exempt de soins, libre de passion.
Sait donner une borne à son ambition;
Et, fuyant des grandeurs la présence importune.