Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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C'est l'origine de toutes les occupations tumultuaires des hommes,
et de tout ce qu'on appelle divertissement ou passe-temps, dans
lesquels on n'a en effet pour but que d'y laisser passer le temps
sans le sentir, ou plutôt sans se sentir soi-même, et d'éviter, en
perdant celte partie de la vie, l'amertume et le dégoût intérieur
qui accompagneraient nécessairement l'attention que l'on ferait sur
soi-même durant ce temps-là. L'âme ne trouve rien en elle qui
la contente; elle n'y voit rien qui ne l'afflige, quand elle y pense.
C'est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et de chercher
dans l'application aux choses extérieures à perdre le souvenir de
son état véritable. Sa joie consiste dans cet oubli; et il suffit,
pour la rendre misérable, de l'obliger de se voir et d'être
avec soi.....
Quand je me suis mis à considérer les diverses agitations des
hommes, les périls et les peines où ils s'exposent, à la cour, à
la guerre, dans la poursuite de leurs prétentions ambitieuses, d'où
naissent tant de querelles, de passions et d'entreprises périlleuses
et funestes, j'ai souvent dit que tout le malheur des hommes vient
de ne savoir pas se tenir en repos dans une chambre. Un homme
qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi, n'en
sortirait pas pour aller sur la mer, ou au siège d'une place; et
si l'on ne cherchait simplement qu'à vivre, on aurait peu de besoin
de ces occupations si dangereuses.
Mais quand j'y ai regardé de plus près, j'ai trouvé que cet
éloignement que les hommes ont du repos, el de demeurer avec
eux-mêmes, vient d'une cause bien effective, c'est-à-dire du mal-
heur naturel de notre condition faible el mortelle, et si misérable
que rien ne peut nous consoler lorsque rien ne nous empêche d'y
penser, et que nous ne voyons que nous.
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais
c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme
pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer.
Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble
que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt; el l'avantage que
l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Ainsi toute notre
dignité consiste dans la pensée. Travaillons donc à bien penser;
•voilà le principe de la morale.
Il est dangereux de trop faire voir à l'homme combien il est