Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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porter; ceux que j'ai de vous sont de ce nombre. Ne comprenez-
vous pas bien l'eflet que cela peut faire dans un cœur comme le
mien ?
Si vous continuez à vous bien porter, ma chère enfant, je ne
vous irai voir que l'année qui vient. La Bretagne et la Provence
ne sont pas compatibles. C'est une chose étrange que les grands-
voyages: si Ton était toujours dans le sentiment qu'on a, quand
on arrive, on ne sortirait jamais du Heu où l'on est; celui que
j'y ferai me donnera la plus grande joie que je puisse recevoir
dans ma vie; mais quelles pensées tristes de ne point voir de fin
à votre séjour! J'admire et je loue de plus en plus votre sagesse,
quoique, à vous dire vrai, je sois fortement touchée de cette im-
possibilité; j'espère qu'en ce temps-là nous verrons les choses d'une
autre manière; il faut bien l'espérer; car sans cette consolation,
il n'y aurait qu'à mourir. J'ai quelquefois des rêveries dans ces
bois d'une telle noirceur, que j'en reviens plus changée que d'un .
accès de fièvre. Il me paraît que vous ne vous êtes point trop
ennuyée à Marseille. Ne manquez pas de me mander comment
vous aurez été reçue à Grignan. Ils avaient fait ici une manière
d'entrée à inon fils: Vaillant avait mis plus de quinze cents hommes
sous les armes, tous fort bien habillés, un ruban neuf à la cravate;
ils vont en très bon ordre nous attendre à une lieue des Rochers.
Voici un bel incident! Mr. l'abbé avait mandé que nous arriverions
le mardi, et puis tout d'un coup il l'oublie; ces pauvres gens
attendent le mardi, jusqu'à dix heures du soir; et quand ils sont
tous retournés chacun chez eux, bien tristes et bien confus, nous
arrivons paisiblement le mercredi, sans songer qu'on eût mis une
armée on campagne pour nous recevoir; ce contretemjjs nous a
fâchés, mais quel remède? voilà par où nous avons débuté. >fade-
moiselle du Plessis est tout justement comme vous l'avez laissée;
elle a une nouvelle amie à Vitré, dont elle se pare, parce que
c'est un bel-esprit qui a lu tous les romans, et qui a reçu deux
lettres de la princesse de Tarente. J'ai fait dire méchamment par
Vaillant, que j'étais jalouse de cette nouvelle amitié ; que je n'en
témoignerais rien, mais que mon cœur était saisi. Tout ce qu'elle
dit là-dessus est digne de Molière; c'est une plaisante chose de
voir avec quel soin elle me ménage, et comme elle détourne adroi-
tement la conversation, pour ne point parler de ma riviile devant
moi ; je fais aussi fort bien ile mon côlé. Mes jeunes arbres sont
d'une beauté surprenante; mon jardinier les élève jusqu'aux nues