Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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«ible de vivre; c>n est fait, je n'en puis plus; je me meurs, je
suis mort, je suis enterré ! N'y a-t-jl personne qui veuille me ressus-
citer, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a
pris? Hé! que dites-vous? Ce n'est personne. 11 faut, qui que
ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié
l'heure, et l'on a choisi justement ie temps que je parlais à mon
traître de fils. Sortons, je veux aller quérir la justice et faire
donner la question à toute ma maison, à servantes, à valets, à
fils, à fille et à moi aussi. Que de gens assemblés! je ne jette
mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tous me
semblent mon voleur. Hé! de quoi est-ce qu'on parle là? de celui
qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? est-ce mon voleur
qui y est? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je
supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous?
Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils
ont part sans doute au vol que l'on m'a fait. Allons, vite, des
commissaires, des archers, des juges ; des gênes, des potences et des
bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde, et si je ne retrouve
mon argent, je me pendrai moi-même après 1).
Mme de Sévîçné, née en 1627, morte en 1696.
Elle tient un rang distingué dans la littérature française par le naturel
charmant et la grâce piquante de son style épistolaire. Obligée de
vivre loin de Mme de Grignan, sa fille, qu'elle aimait avec passion,
elle lui adressa, durant un espace de vingt-cinq années, une série
de lettres, qui nous enchantent encore aujourd'hui. Elle leur doit
sa réputation, réputation qu'elle n'a point cherchée, car sa corres-
pondance ne fut publiée que longtemps après sa mort,
A SA FILLE.
»Enfin, ma fille, me voici dans ces pauvres Rochers2): peut-on
revoir ces allées, ces devises, ce petit cabinet, ces livres, cette
chambre, sans mourir de tristesse? Il y a des souvenirs agréables;
mais il y en a de si vifs et de si tendres, qu'on a peine à les sup-
1) Voyez encore ci-après les modèles en vers.
2) Terre de Mme de Sévigné.