Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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Déjà ! de tout l'hiver je n'avais tant dormi :
Car je n'ai bien souvent reposé qu'à demi.
La nature aujourd'hui doit être satisfaite:
Cinq heures de sommeil! c'est trop pour un poète.
Oui, rimons jusqu'au jour. Je n'aurai pas besoin
D'aller chercher, je pense, un Apollon bien loin.
J'ai ce bon La Fontaine ici dans mon alcove.
Lassé des importuns, c'est là que je me sauve:
Sous sa protection j'aime à passer la nuit ;
Et son portrait charmant, sitôt que le jour luit.
Est le premier objet que découvre l'aurore.
Mon œil, en ce moment, ne le voit pas encore;
Mais je sais qu'il est là, tout prêt à se montrer;
Je le touche, il suffit: cela doit m'inspirer.
Ah! oui, bon La Fontaine! oui, ton seul nom m'enllamme.
Dis-moi donc., car il faut que je t'ouvre mon âme;
0 mon maître chéri! te serais-tu douté
De ce *haut rang d'honneur où te voilà monté?
Jamais de ton vivant lu ne l'eusses pu croire ;
Tu serais le premier étonné de ta gloire.
Tu ne savais point l'art de te faire valoir:
Poète par instinct, naïf sans le savoir.
Il n'a pas moins fallu que ton rare génie
Pour que l'on n'ait pas pris au mot ta modestie.
Et Racine! et Boileau! couple de beaux esprits,
S'ils revenaient au monde, oh! qu'ils seraient surpris
En voyant de quel nom la postérité nomme
Celui que de leur temps ils appelaient bonhomme!
Le bonhomme peut-être a su vous surpasser.
Messieurs...; non que je veuille ici vous rabaisser.
De tes sots détracteurs je ne suis point complice,
0 Despréaux! que j'aime à te rendre justice!
Le bon goût n'eut jamais défenseur plus zélé;
Jamais en si beaux vers la raison n'a parlé.
Qui n'admire Andromaque, Esther, IpUgénie,
Tout Racine, en un mot? Mais avec leur génie,
Ces rares écrivains, si purs et si parfaits.
Il le faut avouer, ne m'inspirent jamais
Ce touchant abandon, ce charme inexprimable,
Que j'éprouve toujours en lisant une fable.