Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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LE DEPART.
L'ancre est levé, le cable cric:
11 faut partir, adieu patrie!
//Après que j'eus acbevé mes études, nous dit le Robinson ^Hol-
landais, je songeai à faire des préparatifs de départ pour mon
voyage aux Indes orientales. Ma bonne mère ayant pourvu à mon
trousseau complet, me fit les plus tendres adieux; je m'arrachai de
ses bras non sans émotion et avec de douloureux efforts, les yeux
baignés de larmes. Mon digne père vint me conduire à bord, me
recommanda encore une fois au capitaine, avec la franchise et la
confiance d'un honnête homme; puis me prenant à part au moment
où il se disposait à retourner à terre: //.Mon fils", me dit-il d'un
ton solennel, et avec les démonstrations de la plus vive tendresse,
//tu vas voguer sur une mer tantôt calme et tantôt orageuse ; tel
//est l'emblème de la vie! N'oublie pas ion dieu dans la prospérité;
//pense encore à ce ckeateur au jour de ta détresse; mets une
//pleine confiance en sa bonté divine; supporte le malheur avec
//résignation, et l'être invisible qui te voit ne t'oubliera pas.
/'Retiens que dieu, la Vertu, ton Père et ta Mère, doivent guider
//ton jeune cœur: dis-toi bien, mon cher enfant, dans toutes les
//circonstances marquantes de ta vie, aurais-je leur approbation'^..,
//Ta conscience ne te trompera jamais sur le oui ou le wom." —
Ses sanglots ne lui permirent pas d'en dire davantage. Ce tendre
père, dans une de ces étreintes qui vont à l'âme, me pressa encore
une fois contre son cœur avec un silence expressif, comme pour
sceller la sincérité de ses sages conseils. Il descendit ensuite dans
la chaloupe, et ne pouvant plus me tendre la main, il me présenta
avec transport el regret la pomme de sa canne. J'y touchai et je
la baisai, et soudain le vénérable vieillard la retirant à lui, la
baisa aussi. Oh! mais avec quelle différence d'expression! C'est
assez de l'avoir vu pour le sentir, mais ce n'est pas assez de le
sentir pour le rendre. Voilà de ces traits éloquents qui peignent
l'énergie de la nature et la bonté de l'àrne!
Pour moi, mon cœur se gonfla, et mes yeux s'humectèrent.
J'admirais jusqu'où peut aller la tendresse paternelle, et plus d'une
fois je me suis rappelé ce beau trait avec une douce émotion. Ces
derniers mots de mon père: //Adieu, mon fils, que dieu te
conduise!" furent pour moi une bénédiction. Heureux ceux qui