Boekgegevens
Titel: Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
Auteur: Verenet, George C.
Uitgave: Utrecht: J.-G. Broese, 1868
2e ed
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: Obr. 8885
URL: http://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_202173
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse letterkunde
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   Choix de lectures françaises: à l'usage des maisons d'éducation et des personnes qui aiment la prose et la poésie: littérature de l'adolescence et de l'âge mûr
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beaucoup de peine; mon camarade marchait devant; un sentier,
qui lui parut plus praticable et plus court, nous égara. Ce fut
ma faute; devais-je me fier à une tête de vingt ans? Nous cher-
châmes, tant qu'il fit jour, notre chemin à travers ces bois; mais
plus nous cherchions, plus nous nous perdions, et il était nuit
profonde quand nous arrivâmes près d'une maison fort noire.
Nous y entrâmes, non sans soupçon, mais comment faire? Là,
nous trouvons toute une famille dp charbonniers à table, où au
premier mot on nous invita. Mon jeune homme ne se tit pas prier;
nous voilà, mangeant et buvant, lui du moins, car pour moi
j'examinais le lieu et la mine de nos convives. Nos hôtes avaient
bien l'air de charbonniers; mais, la maison, vous l'eussiez prise
pour un arsenal. Ce n'étaient que fusils, pistolets, sabres, couteaux,
coutelas. Tout me déplut, et je vis bien que je déplaisais aussi.
Mon camarade, au contraire, était de la famille: il riait, il
causait avec eux; et, par une imprudence que j'aurais du prévoir,
il dit d'abord d'où nous venions, où nous allions, que nous étions.
FraiiÇais,... Imaginez un peu ! chez nos plus mortels ennemis, seuls,
égarés, si loin de tout secours humain? Et puis, pour ne rien
omettre de ce qui pouvait nous perdre, il fit le riche, promit à
ces gens, pour la dépense et pour nos guides, le lendemain, ce
qu'ils voulurent. Enfin, il parla de sa valise, priant fort qu'on
en eût ^rand soin, qu'on la mît au chevet de son lit; il ne voulait
point, disait-il, d'autre traversin. Ah ! jeunesse! jeunesse! que votre
âge est à plaindre! Cousine, on crut que nous portions les diamants
de la couronne : ce qu'il y avait qui lui causait tant de soucis dans
celte valise, c'étaient les lettres de sa fiancée.
Le souper fini, on nous laisse; nos hôtes couchaient en bas,
nous, dans la chambre *haute où nous avions mangé; une soupente
élevée de sept à *huit pieds, où l'on montait par une échelle, c'était
là le coucher qui nous attendait, espèce de nid, dans lequel on
s'introduisait en rampant sous des solives chargées de provisions
pour toute l'année. Mon camarade y grimpa seul, et se coucha
tout endormi, la tête sur la précieuse valise. Moi, déterminé à
veiller, je fis bon feu, et je m'assis auprès. La nuit s'était déjà
passée presque entière as^^cz tranquillement, et je commençais à me
rassurer, quand, sur l'heure où il me semblait que le jour ne pou-
viiii être loin, j'entendis au-dessous de moi notre hôte et sa femme
parler et se disputer; et prêtant l'oreille par la cheminée qui com-
muniquait avec celle d'en bas, je distinguai parfaitement ces propres